11 mars. Il est environ 15h:30. Les portes coulissantes dans l’appartement commencent à s’entrechoquer. Une lampe suspendue à son fil se balance de plus en plus vite. Pas de doute, c’est un tremblement de terre ! J’arrête le chauffage, le gaz. L’immeuble bouge longtemps… environ deux minutes. Deux minutes qui semblent une éternité. Une pause puis une deuxième secousse, une troisième, une quatrième se succèdent à quelques minutes d’intervalle.
J’allume la télévision afin de connaître où se situe l’épicentre de ce séisme. Déjà, les différentes chaînes annoncent, simultanément, qu’un tsunami va se produire et ordonnent aux personnes proches de l’océan de s’éloigner des côtes. Je ne peux m’empêcher d’être admirative devant la rapidité des informations. Dans les heures qui suivent le monde découvre, avec horreur, les images apocalyptiques de l’énorme vague noire engloutissant tout ce qui se trouve sur son passage.
Le Japon est à genoux : dix mille morts, dix huit mille disparus.
Depuis une immense chaîne de solidarité s’est mise en place, chacun essayant d’apporter un peu de chaleur, de réconfort à sa façon. En voici quelques témoignages:
” Je viens d’envoyer un paquet à mes parents puisqu’ils m’avaient dit qu’il était impossible d’acheter des produits alimentaires et des piles. J’y avais mis tout ce que je pouvais trouver, y compris, des repas précuits, des aliments séchés et des boîtes de conserve. Le paquet était donc gros et lourd. Le jour suivant le livreur est arrivé chez mes parents, à vélo! Il leur a expliqué qu’il n’avait plus d’essence et de ce fait il était impossible de faire la livraison en voiture. Mon paquet était vraiment grand et lourd mais il l’avait transporté à vélo en une journée! Je m’attendais au délai de livraison d’environ une semaine dans la circonstance actuelle, même si le livreur avait utilisé une auto. Cela fait chaud au coeur de voir que chaque travailleur au Japon est en train de faire tout ce qu’il /elle peut, pour atteindre le but. Merci de tout mon coeur, Kuroneko-Yamato ! ” ( Kuroneko-Yamato est le nom d’une compagnie de livraison.)
” Dans une petite boutique, il y avait des promotions nommées ” Soldes d’entraide pour mauvaises périodes ”. La propriétaire de la boutique vendait des articles de première nécessité à des prix plus bas que d’habitude. Même habituellement, elle pratiquait des prix bas, ce qui rendait sa boutique guère rentable!J’ai été ému de voir cette dame me sourire en collant des étiquettes affichant des prix trop bas pour faire un quelconque bénéfice.”
Parfois le rôle est inversé et ce sont les victimes, privées de tout, qui par un petit geste veulent remercier leurs secouristes.
”À Ishinomaki, une femme appela le staff qui était venu faire un rapport sur les dégâts causés par le tsunami. Pensant qu’ elle appelait à l’aide, ils s’approchèrent d’elle et virent plusieurs réfugiés qui leur apportèrent du café. ” C’est dur pour vous aussi, buvez un peu de café ! ” . Malgré leur situation, les réfugiés pensent tout de même aux autres : les Japonais sont des gens merveilleux.”
J’essaie, quelque fois, de déplacer cette catastrophe en France et je me dis qu’un tel désastre rendrait les gens complétement aliénés, cherchant un bouc émissaire sur qui taper! Ici rien de tel, mais le drame est si grand que les gens sont abasourdis, perdus, résignés habitués au caprice de la nature. Pourtant, parfois au détour d’un reportage, un homme, peut-être moins atteint dans l’épreuve, déclare à la caméra: ” Je vais revenir ici, c’est mon village natal. Je vais y reconstruire ma maison mais encore plus solide que l’autre ” et moi je me dis que décidément les Japonais sont merveilleusement courageux.
Gambare Tohoku ! Bon courage Tohoku !

Filed under: Uncategorized on April 5th, 2011 | No Comments »